Du fond de mon Bocal

Un jour, ça deviendra normal.

Se réveiller dans un endroit nouveau. Un petit village inconnu, quelque part dans le sud de la France. Je connais la région, j’ai grandi pas loin d’ici, mais je n’étais jamais venu dans ce coin là. Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai vu ma chambre, et la première sensation ressentie c’était du genre "wow j’ai de la chance d’être ici". J’ai de la chance d’être là, de m’être encore une fois réveillé ce matin, d’avoir un toit au dessus de la tête, un endroit où atterrir. Je suis riche, tellement riche. J’ai mes deux jambes, une bonne santé, j’ai de quoi manger, de quoi dormir au chaud et en sécurité, j’ai ma meilleure amie Slack à mes côtés. J’ai ma famille, qui est-ce qu’elle est, parfois un peu éclatée mais au fond tellement soudée.

Je pourrais me morfondre, me sentir triste, désemparée, abattue. Mais je n’y arrive pas. Quelque chose à changé. Je me sens toujours aussi perdue, mais ça ne m’angoisse plus. Je ressens ça comme un renouveau. Comme un nouveau départ pour quelque chose de grand, de beau. Confiance et lâcher prise. Tout va se démêler comme il faut. Je pourrais être en colère, d’avoir tout foutu en l’air, m’en vouloir de ne pas avoir été à la hauteur. Je sens toutes ces pensées qui traînent, pas loin, prête à me sauter dessus. Et pourtant, elles ne m’atteignent plus. Elles essayent, elles s’agrippent pour percer des trous dans ma tête et s’insinuer pour me gâcher la journée. Mais bizarrement, elles ne tiennent pas. Elles glissent. J’imagine que ça veut dire ça, être lisse.

Tellement de chose à faire. Une maison à organisée, des rangements à trouver, des affaires à ranger dans les rangements qu’on aura trouvé. Des repères à refaire. Des souvenirs à recréer. Une nouvelle vie à vivre, loin du passé. Je suis descendu en camion jusqu’ici, je me suis arrêté dans une grande ville, pas loin, d’avant d’arriver. Je suis rentré sans trop savoir pourquoi dans une petite boutique de créateurs, y’avait de tout, des vêtements pour bébé, des pierres, des bijoux, du tissu, des cartes postales et des dessins fait mains. J’ai discuté avec la vendeuse, le courant est bien passé. Je lui ai demandé combien d’artiste/artisans exposaient dans sa boutique, le fonctionnement, les tarifs. Et tout en parlant, elle a glissé dans mon sac une candidature pour exposer dans chez elle. Je suis repartie avec une joie indescriptible qui me tenait le ventre. Le genre : ouais y’a rien de sûr, j’exposerai peut-être jamais ici, mais ça reste une porte qui s’ouvre.

Une fois au volant de mon camion, ça m’a fait pleurer. De joie et de tristesse en même temps. C’était bizarre à vivre, j’avais un grand sourire collé sur le visage, le cœur ouvert et plein d’élan, et pourtant j’étais triste en même temps. Tellement triste. Parce que j’ai réalisé que, tout ça, je ne l’aurai jamais vécu si tu ne m’avais pas quitté. C’est ça, qui était étrange à vivre. Le fait d’être reconnaissante, d’avoir la chance de vivre ce moment, et en même temps, la tristesse de ne plus être à tes côtés pour te raconter tout ça, pouvoir le partager avec toi.

Et je trouve ça. Tellement violent. Tellement dur. Ce silence qui nous sépare, cette distance que tu installes entre nous. On s’adapte, c’est certain. Un jour, ça deviendra normal. De ne plus avoir de nouvelles l’un de l’autre, de se remémorer ces mois passés à tout partager comme un vieux souvenir, une période intense de nos vies, qui n’est plus en lien avec le moment présent. Ça deviendra normal. Je ne sais pas quand.

"Rien n’est à toi, c’est juste l’histoire du monde,
Rien n’est à toi, chacun sa petite seconde."