Du fond de mon Bocal

Sortir la tête de l'eau

J’avais pas vraiment compris que j’étais en train de me noyer. C’est quand on sort la tête de l’eau qu’on s’en rend compte. Le cœur qui brûle, les pensées qui tournoient a l’intérieur de mon crâne, les yeux brouillés par les larmes, j’avais pas réalisé que tout avait cramé, à l’intérieur. Je savais, au fond, j’me doutais bien que ça avait un lien. Une vieille douleur qui tire, ça pique comme une cicatrise qui ne guérit pas vraiment, ça colle dans un coin du corps. Mais on fait semblant. De pas voir d’où ça vient. De pas être au courant. Comme si y’avait pas de problème, que la source des souffrances c’est pas ça. Parce qu’on se dit qu’on l’a déjà guérit, que c’est bon, on a fait le travail. Mais quedal. En faite, on n’a rien fait à part remettre des pansements par dessus, des pansements bien propre pour se faire croire que tout est finit. Parce que ça fait tellement mal à voir, je suppose que c’est une façon de plus de se protéger. On s’en tient loin, bien loin, on évite les situations qui risque de nous mettre en contact avec cette blessure.
Et on continu de vivre avec ça, ce truc pas fini, pas terminé, pas cicatrisé, qui traîne, encore, qui tiraille de temps en temps quand on appuis dessus, mais tant pis, au final on fait avec, on apprend à vivre avec la douleur jusqu’au jour où on oublie que ça fait mal, parce que c’est devenu normal.

Mais la vie est bien faite. Elle nous ramène, sans cesse, des situations, des personnes, pour nous faire comprendre, gentiment, que ben non, regarde, c’est pas vraiment guérit puisque ça fait toujours mal.
Et on se dit qu’on y est pour rien. Que le problème est à l’extérieur, que ça a rien à voir avec nous, que c’est pas croyable quand même de revivre toujours la même situation alors qu’on ne fait rien pour. Que c’est pas juste, qu’on en a marre de ressentir la même émotion, malgré les années qui filent et les personnages qui défilent.
Et j’ai réalisé que. J’ai jamais vraiment pleuré, depuis des années. Qu’à chaque fois que l’émotion remonte le long du corps, je la bloque, je la maîtrise, je la laisse pas sortir. Pourquoi faire t’d’façon, ça change rien de pleurer, c’est pas des larmes qui vont arranger les choses. Puis on se dit que c’est pas le bon moment, qu’on verra ça plus tard. C’est jamais le bon moment pour tout lâcher, une larme de plus où une de moins, à ravaler, qu’est ce que ça change, qu’est-ce que ça fait. Au fond. Rien. Tant pis. Genre " vas y laisse un avis de passage ". T’sais quoi, on verra ça demain.

Jusqu’au jour où, en fin de compte, ça ne peut plus attendre, où ça tape tellement fort contre la porte du cœur, pour être entendu, qu’on ne peut plus faire comme si y’avait personne. On peut plus faire semblant. Même si, dans le fond, on en crève d’envie, on préférerait mille fois jouer le jeu de celui qui ne sait pas, parce que putain, c’est tellement plus facile. A croire que plus on se rend aveugle, plus la lumière fait mal aux yeux.
Comme une gamine avec un bandeau sur les yeux, qui casse tout autour d’elle, qui gueule et qui hurle parce que quelque part, ça fait mal, ça tire. Sans savoir d’où ça vient. Et le seul moyen d’expression c’est de crier, parce que, putain, ça fait mal quand on appuie dessus. Alors, on fout bordel, pour faire du bruit, pour attirer notre attention ailleurs que sur cette blessure qui ne demande qu’à être guérit. Et ça marche. Ça peut marcher longtemps en faite. Si on décide d’être ailleurs, de regarder loin à l’extérieur au lieu de regarder dedans, au fond du fond, sous les couches de pansements et de gaz, sous la couche épaisse de brouillard qu’on s’envoie dans le crâne à coup de pétards. C’est pas mal le brouillard. C’est tellement pratique. On en cache des choses là dedans.

Puis, y’a des phrases qui percutent, qui déverrouille d’un coup tous les cadenas que t’avais eu un mal fou à poser. Des cadenas à code, que personne ne pouvait ouvrir, même plus toi-même, parce que t’avais oublié le maux de passe, enfouis tellement profond dans ta mémoire. T’as rien demander et la vérité te saute comme ça à la gueule. Et putain on en fait quoi de ça, hein, qu’est-ce que tu veux que j’en fasse. La rage qui monte, la haine qui fait bouillir le sang, les dents serrées, les poings prêt à cogner, parce qu’on se sent vide, et nu, et que cette vérité vient juste appuyer pile poil là où ça fait mal. Que putain, avec le mal qu’on s’est donné pour se cacher le truc, on devrait au moins avoir le respect de laisser les cadenas des autres en place.

Mais apparemment ça marche pas comme ça, pas à tous les coups, pas tout le temps. Parce que les gens qui t’aime, eux, ils voient le verrou, et que justement, parce qu’ils t’aime, ils veulent te voir libre. Ils veulent t’aider. Y’a des fois je sais plus comment le prendre, si il faut dire merci, si il faut donner des coups de pieds pour qu’ils se tiennent loin de tout ça, si ça les concerne où si ça les regarde pas.

Et ça fait mal, en faite, de voir ce qu’on ne voulait pas s’avouer. Se rendre compte qu’on s’est menti, si fort, si bien, si longtemps, qu’on y a cru, à tous les conneries qu’on s’est raconté. Qu’on y a cru mais que les autres l’ont vu, alors qu’on faisait tout pour pas que ça se voit. On s’est bien pris pour un con hein. On a cru qu’on avait nettoyé les plaies, qu’on avait passer un joli fil doré pour recoudre le problème, qu’on avait cicatrisé. Que oui ça tire encore un peu parfois parce que c’était profond, alors c’est normal. Parce qu’on a mit tellement de pansements par dessus, on peut même plus voir si ça transpire ou pas, on sait même plus que ça existe.

Alors, quand le cadenas saute, qu’on commence à apercevoir le pansements dégueulasse qu’on traîne depuis on sait même plus quand, qu’on commence à gentiment l’arracher sur les bords, pas trop vite, pas trop fort. On regrette. On regrette de pas avoir voulu voir avant. Parce que, putain, ça n’a fait qu’empirer les choses en faite. Ça à finit par contaminer la peau saine, ça transporte les bactéries puantes autour, ça affecte tout le reste, comme une épidémie silencieuse qui envahit le corps. Ça sclérose le vivant, jusqu’à plus pouvoir bouger.
Et maintenant qu’on a posé assez de conscience sur la blessure, qu’on a réalisé l’étendue des dégâts. Ben, faut arriver à l’accepter. J’en suis là. A constater le bordel monstre qu’il y à au fond. ou du moins ce que je peux apercevoir de là où je suis aujourd’hui. L’impression d’arriver dans le jardin de mon cœur, et tout est en friche, à moitié cramé par l’incendie que j’ai jamais prit le temps d’éteindre. Parce que j’avais pas compris que quelque chose avait prit feu. Genre "ouais y’a de la fumée partout mais je vois pas où tu veux en venir". Y dit qu’y voit pas le rapport.

Et ça choque, en plus de faire mal. J’me sens tellement bête. J’ai plus de mots qui me vienne, putain, là c’est sûr, j’ai vraiment plus rien à dire, tellement. Tellement j’me sens bête de pas avoir vu ça avant.
Mettre du désinfectant, mettre des baumes cicatrisant, et surveiller, surveiller la plaie, la laisser à l’air libre. Plus le droit au pansement.

A croire qu’on panse pour cesser de penser. Ou qu’on pense pour cesser de panser. Alors, comment on fait hein. Comment on s’en sort de ces conneries qui nous gâche l’existence. L’impression que c’est incessant. Que ça restera toujours là. Qu’on y arrivera jamais. Est-ce que ça va être comme ça toute ma vie ? Est-ce que ça restera toujours collé là, à tiré, à suinter, alors qu’on fait tout ce qu’on peut pour crever les abcès, vider la plaie. J’en sais rien, j’ai pas la réponse, et j’crois que si on me répondait oui j’aurais envie de tout foutre en l’air. Y’a que l’espoir que ça finisse par partir qui fait que ça tient.

Et j’aimerai tant que ce soit facile, qu’il suffise de prendre conscience pour que cela cesse, mais non ça suffit pas. Les prises de conscience, ça suffit jamais. Genre "ouais bravo t’as passé le premier niveau" mais en vrai, tu sais pas combien y’en a d’autre à passer pour changer de monde. Le boss de fin, tu le vois pas arriver, et t’as même l’impression qu’en faite, la partie ne finira jamais. Et c’est épuisant. C’est déprimant. Cette sensation d’avancer dans des sables mouvant, de se débattre comme un forcené pour sortir de là, et de voir qu’on en est probablement au même endroit. D’avoir l’impression d’avoir fais des bornes et de pas avoir bougé d’un iota. De se regarder dans la glace et d’avoir toujours le même reflet en face. Le souvenir de toutes les fois où on s’est promis d’avancer, de pas rester là, à trébucher sur les mêmes conneries, où on s’est promis qu’on valait mieux que ça, qu’on nous y reprendra pas. Et bam, t’as beau avoir cru bien faire, t’es de nouveau par terre.

J’sais plus quoi faire, j’sais plus quoi penser, j’sais plus quoi dire. Y’a qu’un vide, un vide sans fond qui me bouffe le sourire, qui me coupe l’envie de vivre. J’ai plus envie de jouer, j’vois pas les progrès, ça rime à quoi de continuer. Et j’me demande comment j’en suis arrivé là. Comment j’ai fais pour être marqué comme ça. Et est-ce que ça sert seulement à quelque chose de vouloir comprendre d’où ça part.
Trop de mensonges entendu, une méfiance viscérale, comment accorder ta confiance quand t’as plus l’oreille musicale. Toutes ces conneries ont fini par casser mon diapason, des paroles, des paroles, tekass j’connais la chanson. J’ai enfilé une armure et j’arrive plus à l’enlever, elle a grandit avec moi, tout comme les regrets du passé. Elle ne me sert même pas à éviter la douleur, les blessures les plus terribles sont toujours à l’intérieur.

Accepte. Accepte que t’as joué avec des menteurs, des tricheurs. Accepte que ouais, t’as fais confiance aux mauvaises personnes. Que tu t’es trompé. Que les gens à qui tu as choisi de faire confiance, de tout donner, ont préféré tout prendre que de partager. Que t’as tellement entendu de mensonge que t’as l’impression d’en entendre encore, même si on te dit la vérité. Que t’es traumatisé, au lieu de faire genre que non pas du tout, tu vas très bien, t’as tout encaisser, c’est déjà loin. Accepte que t’as eu tellement mal que t’as décidé de plus rien offrir, ou si peu, comme ça au moins, t’étais tranquille. Et qu’au final ça n’a servit à rien, parce qu’en se protégeant du malheur on se protège aussi du bonheur. Que y’a pas de solution miracle, que ça prend du temps, de l’espace, que pour guérir faut déjà accepter qu’on est blessé au lieu de faire semblant qu’on a tout digéré.
Et.
Accepte que la situation ait changé.
Que la personne qui partage ta vie aujourd’hui n’a rien à voir avec celles du passé.
Que de toute façon, y’aura jamais de garantie, y’a rien qui prouve quedal.
Alors, que ça serait dommage de quitter la partie sans l’avoir jouer à fond de cale.